La magie et la machine : un superbe article au sujet de la « réalité »

La magie et la machine, par David Abram : Il y a des choses qui semblent tendues ou même erronées (il serait utile d’être un spécialiste de McLuhan en ce moment), mais cet article est aussi une belle considération et un aperçu important de cette dichotomie actuelle que beaucoup ressentent ; un émerveillement devant les possibilités de la technologie et les solutions que certaines pourraient apporter, mais aussi une crainte et une horreur devant ce que nous et toute notre technologie faisons à la nature qui nous entoure. Abram prend en compte ces deux sentiments et explore la vision animiste partagée par tant de cultures, comment notre civilisation alphabétisée nous a éloignés de cette animation de tout ce qui nous entoure, comment de plus en plus de nos technologies sont imprégnées de pseudo-voix et de personnalités, remplaçant celles, magiques, que nous avions l’habitude de percevoir et d’imaginer dans la nature.

Alors que nous nous entourons de plus en plus de techniques, de lieux et de paysages créés par l’homme, nous ne sommes jamais que dans un contexte créé par l’homme et n’habitons plus vraiment la planète, même si nous sommes à l’origine éloignés de la nature et profondément enracinés dans celle-ci. Nous fixons notre technologie pour l’altérité qui existe déjà, et seulement, vraiment en dehors de nos créations.

En rapport direct avec le discours de Russel Meanslire absolument !) et le reportage de la semaine dernière sur le couplage du numérique et de la nature.

{
« La seule ouverture possible pour une déclaration de ce genre est que je déteste écrire. Le processus lui-même incarne le concept européen de pensée « légitime » ; ce qui est écrit a une importance qui est refusée à la parole. Ma culture, la culture Lakota, a une tradition orale, donc je rejette généralement l’écriture. C’est l’une des manières du monde blanc de détruire les cultures des peuples non européens, l’imposition d’une abstraction sur la relation orale d’un peuple. » début du discours de Russel Means
}

Réfléchissant à notre éternel besoin de recréer une expérience primordiale d’intimité avec le monde qui nous entoure, David Abram propose des notes sur la technologie et l’animisme à une époque de destruction écologique.

La couverture des nouvelles concernant le monde naturel plus-qu’humain par les médias modernes reste follement minuscule par rapport à la couverture des événements exclusivement humains (de la violence humaine et des scandales personnels), mais même les organismes de presse les plus aveugles ne peuvent éviter de mentionner les cyclones et les feux de forêt en fuite lorsque ceux-ci menacent de larges pans de la population humaine. […]

Les membres de ces cultures semblent réagir à leur environnement comme si tout était vivant et (au moins potentiellement) conscient. De plus, dans cette perspective animiste, il semblait que tout était ressenti comme expressif ; tout avait le pouvoir de donner un sens à la parole (même si, bien sûr, très peu d’entre eux s’exprimaient en paroles). […]

Ainsi, loin d’opérer une rupture nette avec l’animisme, l’alphabétisation alphabétique peut être reconnue comme une forme particulièrement puissante d’animisme, qui déplace le lieu de la magie – ou du sens – de nos interactions avec l’environnement plus qu’humain vers la relation entre nous-mêmes et nos propres signes. […]

Loin de susciter un sentiment d’émerveillement, ces artefacts n’offrent qu’un simulacre d’émerveillement, et le fait de parler avec eux nous entraîne dans un espace sans air où les sentiments s’évanouissent, une zone virtuelle et vaporeuse où le vrai émerveillement va mourir. […]

Nous restons donc figés devant ces outils, cherchant dans et par nos engagements numériques une rencontre qu’ils semblent promettre sans jamais vraiment la fournir : la rencontre consommée avec l’altérité, avec l’altérité radicale, avec des styles de sensibilité et d’intelligence qui dépassent complètement les limites de notre propre sensibilité.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.