L’Anthropocène profond

L’une des choses que je préfère remarquer, c’est lorsque la science et l’histoire sont réévaluées, réorientées, à la suite de nouvelles méthodes et découvertes. Une révolution dans l’archéologie a révélé l’extraordinaire étendue de l’influence humaine sur le passé et l’avenir de notre planète explique Aeon. C’est une lecture fascinante sur la façon dont les chercheurs font progresser notre compréhension des sociétés de chasseurs-cueilleurs et d’agriculteurs, des pasteurs, des diverses stratégies de subsistance, de leur évolution, et comment cela affecte notre vision de ce qui constitue une « nature vierge » et de ce qui a été changé.

TL;DR : les choses ne sont plus aussi claires qu’on le pensait, les découvertes en matière d’agriculture et de domestication ont été réparties plus globalement et sur une période beaucoup plus longue. (Regardez par exemple la partie sur les Mycéniens au XIIIe siècle avant J.-C. 🤯.)

Alors que « nous » essayons de comprendre l’impact complet des humains sur la planète, comment les choses vont changer dans les décennies à venir, ce qui peut être fait, et notre façon hubristique de nommer une époque en notre honneur, c’est le genre de recherche qui nous aide à comprendre le sujet… et tout ce qui reste à révéler.

Ces transitions n’ont pas été linéaires ou absolues. Il est maintenant clair qu’il y avait généralement un long continuum d’exploitation, de translocation et de gestion des plantes, des animaux, des formes de relief et des écosystèmes bien avant (et souvent après) la domestication. […]

Les découvertes récentes nous font prendre conscience de l’ampleur et de la rapidité avec lesquelles l’homme a utilisé la terre. L’essor de l’agriculture n’a pas été une révolution « ponctuelle » qui n’a eu lieu que dans quelques régions, mais plutôt un changement socio-écologique généralisé qui a franchi des seuils flous dans de nombreux endroits. […]

L’homme n’a cessé de modifier la biodiversité à de nombreuses échelles. Nous avons modifié la composition locale des espèces, leurs aires de répartition, leurs habitats et leurs niches depuis des milliers d’années. Bien avant l’agriculture, la prédation humaine sélective de nombreuses espèces non domestiquées a façonné le cours de leur évolution. […]

ArchaeoGLOBE révèle que les sociétés humaines ont transformé la plus grande partie de la biosphère terrestre bien plus tôt et plus profondément que nous le pensions – une constatation qui a de sérieuses implications sur la façon dont nous comprenons la relation de l’humanité avec la nature et la planète dans son ensemble.

Tout comme les récentes recherches archéologiques ont remis en question les anciennes définitions de l’agriculture et brouillé les frontières entre agriculteurs et chasseurs-cueilleurs, elles nous amènent également à repenser la signification de la nature et sa localisation. Les racines profondes de la façon dont l’humanité a transformé le globe posent un défi au nouveau paradigme de l’Anthropocène, dans lequel le changement environnemental causé par l’homme est généralement considéré comme un phénomène du XXe siècle ou de l’ère industrielle. Au contraire, il est plus clair que jamais que la plupart des endroits que nous considérons comme « vierges » ou « intouchés » ont longtemps compté sur les sociétés humaines pour remplir des rôles écologiques cruciaux. Par conséquent, essayer de distinguer les écosystèmes « naturels » de ceux que les hommes ont gérés pendant des millénaires devient de moins en moins réaliste, et encore moins souhaitable. […]

Il est essentiel de comprendre clairement l’enchevêtrement profond des mondes humain et naturel si nous voulons relever les défis écologiques sans précédent de notre époque. En revanche, le romantisme naïf d’une Terre vierge nous freine. Comprendre que la nature est inextricablement liée aux sociétés humaines est fondamental pour la vision du monde de nombreuses cultures indigènes – mais cela reste une perspective nouvelle et souvent controversée au sein des sciences naturelles.

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