📚 Construire une anti-bibliothèque : le pouvoir des livres non lus, Tsundoku

« En élargissant notre conscience des inconnues, une anti-bibliothèque peut même être un antidote à l’effet Dunning-Kruger, où nous avons tendance à surestimer l’étendue de nos connaissances. Que ce soit dans une bibliothèque privée ou publique, être entouré de livres que nous n’avons pas encore lus – dans le cas d’Umberto Eco, trop de livres à lire dans une vie – est une expérience qui nous rend humble ».

Tsundoku (積ん読) est un beau mot japonais qui décrit l’habitude d’acquérir des livres mais de les laisser s’empiler sans les lire. Je me sentais coupable de cette tendance, et je m’efforçais de n’acheter de nouveaux livres qu’une fois que j’avais terminé ceux que je possédais. Cependant, le concept de l’anti-bibliothèque a complètement changé ma façon de voir les livres non lus. Les livres non lus peuvent être aussi puissants que ceux que nous avons lus, si nous choisissons de les considérer sous le bon éclairage.

L’immensité de l’inconnu

Qu’est-ce qu’une anti-bibliothèque ? Pour simplifier, un anti-bibliothèque est une collection privée de livres non lus. Le concept a été mentionné pour la première fois par l’universitaire et auteur libano-américain Nassim Nicholas Taleb dans son livre The Black Swan, où il décrit la relation unique que l’écrivain italien Umberto Eco a entretenue avec les livres :

L’écrivain Umberto Eco appartient à cette petite classe d’érudits qui sont encyclopédiques, perspicaces et sans intérêt. Il est le propriétaire d’une grande bibliothèque personnelle (contenant trente mille livres), et sépare les visiteurs en deux catégories : ceux qui réagissent par « Wow ! Signore professore dottore Eco, quelle bibliothèque vous avez ! Combien de ces livres avez-vous lus ? « * et les autres – une très petite minorité – qui comprennent qu’une bibliothèque privée n’est pas un appendice qui stimule l’ego mais un outil de recherche. Les livres lus ont beaucoup moins de valeur que les livres non lus. La bibliothèque doit contenir autant de ce que vous ne savez pas que vos moyens financiers, les taux d’hypothèque et le marché immobilier actuellement serré vous permettent d’y mettre. Vous accumulerez plus de connaissances et plus de livres en vieillissant, et le nombre croissant de livres non lus sur les étagères vous regardera de façon menaçante. En effet, plus vous en savez, plus les rangées de livres non lus sont grandes. Appelons cette collection de livres non lus une anti-bibliothèque.

Pour Umberto Eco, une bibliothèque privée est un outil de recherche. Le but d’une anti-bibliothèque n’est pas de rassembler des livres que vous avez lus pour les exposer fièrement sur votre étagère, mais plutôt de constituer une collection très personnelle de ressources autour de thèmes qui vous intéressent. Au lieu de célébrer tout ce que vous savez, une anti-bibliothèque est une ode à tout ce que vous voulez explorer.

L’immensité de l’inconnu peut être terrifiante, c’est pourquoi beaucoup de gens se sentent mal à l’aise à l’idée d’accumuler des livres qu’ils n’ont pas lus. Mais c’est le fait d’embrasser l’inconnu qui pousse à la découverte. Comme l’a dit un jour le scientifique écossais James Clerk Maxwell : « Une ignorance parfaitement consciente est le prélude à toute avancée réelle de la science. » Une anti-bibliothèque est un rappel de tout ce que nous ne savons pas.

En élargissant notre conscience des inconnues, une anti-bibliothèque peut même être un antidote à l’effet Dunning-Kruger, où nous avons tendance à surestimer l’étendue de nos connaissances. Que ce soit dans une bibliothèque privée ou publique, être entouré de livres que nous n’avons pas encore lus – dans le cas d’Umberto Eco, trop de livres à lire dans une vie – est une expérience qui nous rend humble.

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