Nous pouvons changer notre façon de penser et vaincre l’incertitude

En regardant la brillante série animée The Liberator qui narre les faits réels des combats menés par le Général de brigade Felix Sparks et le 157ème régiment d’infanterie d’Oklahoma lors de la Seconde Guerre mondiale jusqu’à la libération du camp de Dachau, de fortes émotions sont remontées à la surface : cette période de l’histoire atroce est loin derrière nous, les générations nées dans les années 80, 90, et 2000, et rien de comparable ne nous a approché depuis notre naissance. Finalement nous sommes heureux et bien lotis depuis toujours, nous n’avons connu rien d’autre.

Nous sommes les enfants du progrès, même si en regardant de près les événements historiques, de nombreuses choses ne sont pas glorieuses. Mais si nous sommes là, c’est que nos aïeux ont eu la chance de vivre assez longtemps pour que nous finissions par arriver sur Terre, en dépit des dangers, des guerres, des maladies. Nous sommes les enfants chéris que nos aïeux souhaitaient heureux, nous privilégiés de « l’Occident » au 21ème siècle.

Si des erreurs ont été commises pour s’assurer que nous, petits-enfants, arrières petits-enfants, soyons en bonne santé, dans un monde en paix, laïc, abondant en ressources, en nourriture, en soins de santé, en divertissements, en libertés avec un large éventail de choix, alors ne blâmons pas le passé : nos aïeux construisaient une définition du bonheur et de la bonne vie qu’ils savaient ne pas leur être destiné, c’était pour les générations d’après, pour nous.

En revanche, enfants riches et gâtés que nous sommes dans la grande majorité malgré tout (je parle bien sûr des éléments cités au-dessus qui font partie de nos vies), sans souffrance et désir d’un avenir meilleur pour nos propres petits-enfants et arrières petits-enfants, nous fautons à ne pas conduire nos actes autrement que par l’égoïsme et le souci d’avoir toujours plus plus rapidement maintenant, comme si cela nous était du : vous savez cette attitude générale de légèreté avant la Covid et le confinement. Chaque acte égoïste en vue de satisfaire des désirs illusoires de l’instant sera un pardon à demander à nos petits-enfants et arrières petits-enfants. Nous ne pensons pas à mal quand nous achetons un 48ème pantalon, souhaitons une injection de botox, posons des facettes blanches sur nos dents, teintons nos cheveux en rose, prenons notre 4ème billet d’avion cette année, prenons un bain moussant, ouvrons un sachet de gâteaux ou faisons livrer un repas à domicile. Nous ne pensons pas à mal, mais pensons-nous chaque acte en nous disant : est-ce que cette chose est suffisante, durable, un objet d’héritage à transmettre ? N’avons-nous pas réduit l’intension d’amour, de rêve, d’espoir d’un mieux que nos aïeux avaient lorsqu’ils s’impliquaient pour quelque chose ? Je ne crois pas qu’une énième possession soit un prolongement de nous-mêmes à rapporter dans un livre d’histoire… au mieux un chiffre parmi d’autres dans un livre de sociologie ou d’économie.

Je pense facilement revoir comment mes grand-parents achetaient les choses : elles étaient soient utiles et durables, soit il s’agissait d’un cadeau précieux à conserver pour longtemps. Je crois que nous sommes très loin désormais de tout cela, car même ce qui est très cher aujourd’hui, a pris la valeur seule d’être une possession à avoir par mode, par signe de reconnaissance et d’identité, dans une mouvance où la consommation se révèle, presque à notre insu, comme un diktat social et identitaire.

A chaque moment vide ou mélancolique qui nous submerge, cherchons ensemble et chacun ce qu’il faut faire pour offrir le même avenir heureux, intension que nous avons nous-mêmes reçue comme cadeau de nos aïeux en naissant au 21ème siècle. En vérité, chaque instant et chaque action aujourd’hui devrait être conduite par cet élan de ne laisser qu’une bonne trace pour faciliter le chemin des prochains, et non des dégâts à réparer. Qui souhaite que nos enfants et petit-enfants sacrifient leur vie pour conserver le monde prospère et durable, en réparant les excès dont nous avons joui, sans réfléchir à l’après ?

Ce virus n’est rien que nos aïeux n’ont pas eu à traiter avant : aujourd’hui les forces, les ressources et le savoir sont là pour qu’on en vienne à bout.
Ce qu’il est bon de faire aujourd’hui peut être protégé et soutenu par l’innovation : l’enrichissement n’est pas le vôtre s’il n’est pas le mien et celui de vos enfants et petits enfants.

Ecoutez en plus Bruno Latour, interview d’avril 2020:

Je vous recommande également son récent article ici au sujet du « train du progrès.

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