Pourquoi les noms de domaine sont la nouvelle ressource naturelle

Deux lettres à la fin d’une adresse web pourraient être l’avenir économique de Tuvalu.

2020 est l’année du “Great Reset” la « Grande Restitution ». Alors que la confiance dans le système financier actuel décline, Bitcoin devient plus attrayant. Les données sont le nouveau pétrole.

Tout cela est de bon augure pour Tuvalu, l’un des pays les plus petits et les plus reculés de la planète. Ce pays aux atolls coralliens, d’une superficie totale de 26 kilomètres carrés seulement, est constitué de neuf points d’îles éparpillées dans le Pacifique ; 11 000 personnes y vivent. Les principales industries de Tuvalu – vente de licences de pêche aux chalutiers offshore et exportation de viande de noix de coco séchée – ne peuvent plus soutenir son économie. Les anciennes méthodes de survie sur les îles ne sont plus viables, en raison du changement climatique et de l’évolution de l’industrie.

L’avenir économique de Tuvalu réside peut-être plutôt dans le suffixe de son nom de domaine à deux lettres : .tv. Cette attribution aléatoire de lettres sur Internet est l’équivalent moderne de la découverte de pétrole. Pour Tuvalu, le nom de domaine s’apparente à une ressource naturelle.

En 1995, l’Internet Corporation for Assigned Names and Numbers a attribué à Tuvalu le suffixe de domaine .tv, l’une des nombreuses attributions de suffixe de domaine par code de pays de l’époque. Cinq ans plus tard, Tuvalu a négocié un contrat de location du .tv pour 50 millions de dollars de royalties à Jason Chapnik, un entrepreneur et investisseur canadien, sur une période de 12 ans. L’accord actuel, signé en 2011, loue le suffixe .tv à VeriSign, un fournisseur de noms de domaine et d’infrastructures Internet basé en Virginie.

En 2021, l’accord de Tuvalu avec VeriSign expirera. Les recettes du contrat initial ont permis de paver les huit kilomètres de route du pays. Tuvalu a la possibilité d’exploiter le nom de domaine .tv non seulement pour générer de la richesse mais aussi pour apporter un niveau de connectivité de base aux Tuvaluans qui sont actuellement hors ligne. Il y a une histoire souvent partagée dans le monde des start-ups : pendant la ruée vers l’or en Californie, ce ne sont pas les mineurs qui gagnaient le plus d’argent, mais ceux qui vendaient des pioches et des pelles. Tuvalu, lors du renouvellement de son contrat .tv, doit surveiller les pioches et les pelles – dans ce cas, les startups et les entreprises établies – qui profitent le plus de .tv.

Tuvalu n’a pas de chaînes de télévision propres. De nombreux foyers utilisent des antennes paraboliques pour diffuser des chaînes en provenance d’Australie, des Fidji et d’ailleurs. Mais une subvention de la Banque mondiale approuvée en 2019 financera l’installation éventuelle d’un câble sous-marin à fibre optique, qui augmentera la bande passante du pays – peut-être suffisamment pour diffuser du contenu en continu. Espérons que Tuvalu utilisera l’argent de l’accord pour investir dans ses citoyens en construisant une infrastructure numérique et en encourageant la culture numérique.

En 2019, Twitch.tv a généré 1,54 milliard de dollars de revenus. D’autres plateformes d’esports et de jeux vidéo en streaming, comme YouTube, Hulu, Caffeine, et Mobcrush, sont devenues lucratives. Le nom de domaine .tv est également important pour leur modèle économique. Tuvalu possède le « terrain » numérique (.tv) sur lequel beaucoup de ces chaînes tirent leurs revenus. Et pendant la période de la pandémie de coronavirus, l’audience du .tv n’a fait qu’augmenter.

Lorsque Tuvalu a loué son nom de domaine à VeriSign, en 2011, la valeur du .tv n’était pas aussi claire qu’elle ne l’est aujourd’hui. Selon NameBio, 859 ventes de domaines .tv ont été signalées au cours des cinq dernières années, dont les 100 premières se sont élevées à plus de 1,4 milliard de dollars. Si l’on compare ce chiffre aux 50 millions de dollars que Tuvalu a loués à l’origine pour le .tv, la différence est frappante.

George Siosi Samuels a écrit un article sur Medium qui présentait un plan en cinq points sur la manière dont Tuvalu pourrait tirer parti du renouvellement du domaine .tv prévu pour 2021.

Il a écrit cet article depuis Singapour, où il vit et travaille actuellement. Singapour est une ville-état insulaire dont la remarquable transformation a été menée par feu Lee Kuan Yew. En 1965, fraîchement indépendante de la Malaisie, Singapour n’avait pas de ressources naturelles. Mais sous sa direction, elle a su tirer parti de sa situation portuaire stratégique et, en 50 ans, Singapour a pu se transformer en un centre financier de classe mondiale. En pensant à Singapour, il s’est rendu compte que la petite nation insulaire de Tuvalu pourrait avoir une opportunité similaire.

L’article a été diffusé sur Facebook et il a finalement été porté à l’attention de Timi Melei, un membre du parlement de Tuvalu. C’est ainsi que Simon Kofe, le ministre de la justice, de la communication et des affaires étrangères de Tuvalu, a été invité à rejoindre le groupe d’action sur les technologies de l’information et de la communication nouvellement créé dans le pays. À ce titre, Samuels aide Tuvalu à établir un grand livre numérique national en utilisant le Bitcoin (BSV). Cette technologie de blockchain sera utilisée pour enregistrer et identifier les citoyens. L’objectif à long terme est de rendre les services gouvernementaux et les centres d’administration de Tuvalu plus sûrs, plus responsables et sans papier d’ici 2030.

Pour s’assurer d’obtenir le meilleur accord lors des négociations sur le .tv, Tuvalu devrait ouvrir les appels d’offres pour les droits de renouvellement au public. De cette façon, les Tuvaluans verront combien les entreprises sont prêtes à payer pour leur nom de domaine, et sa véritable valeur sera rendue transparente pour toutes les parties. Dans une guerre d’enchères, personne ne pourra contraindre ou exploiter Tuvalu derrière des portes closes.

La nation insulaire possède tout ce dont elle a besoin pour survivre dans le monde moderne.

Via Restofworld

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