Un tribunal français va examiner une affaire historique sur l’inaction climatique

Un tribunal de Paris commencera à entendre jeudi une plainte déposée par des ONG soutenues par deux millions de citoyens accusant l’État français de ne pas agir pour stopper le changement climatique, rapporte France 24.

Les ONG veulent que le tribunal tienne l’État responsable des dommages écologiques et affirment que la victoire marquerait une étape symbolique dans la lutte pour persuader les gouvernements de faire plus.

Un accord international signé à Paris il y a cinq ans vise à limiter le réchauffement climatique à moins de 2 degrés Celsius par rapport aux niveaux préindustriels, et de préférence à 1,5 degré.

Mais les experts affirment que les gouvernements sont loin de respecter leurs engagements et que la colère grandit au sein de la jeune génération face à l’inaction, symbolisée par les campagnes de l’adolescente suédoise Greta Thunberg.

L’affaire française s’inscrit dans le cadre d’un mouvement croissant des militants de la lutte contre le changement climatique à travers le monde, qui veulent utiliser les tribunaux contre les gouvernements.

En 2019, la Cour suprême des Pays-Bas a ordonné à ce pays de réduire ses émissions de gaz à effet de serre d’au moins 25 % par rapport aux niveaux de 1990 d’ici à la fin de 2020, à la suite d’une affaire portée devant les tribunaux par une ONG.

L’affaire française a débuté en décembre 2018 lorsque quatre ONG ont accusé le gouvernement de ne pas avoir réduit ses émissions dans une plainte officielle soutenue par plus de deux millions de personnes dans une pétition en ligne – un record français.

Insatisfaites de la réponse, les ONG, dont Greenpeace France et Oxfam France, ont ensuite déposé leur plainte en mars 2019, demandant à l’État de leur verser un dédommagement symbolique de seulement un euro (1,21 $).

– Dépassement des budgets carbone –

« Nous sommes pleins d’espoir pour cette audition et la décision qui va suivre », a déclaré à l’AFP Jean-François Julliard, directeur de Greenpeace France.

Julliard a déclaré qu’il souhaitait que le tribunal reconnaisse que l’Etat n’en fait pas assez.

« La cerise sur le gâteau serait une décision pour inciter l’Etat à faire plus pour remettre la France sur la trajectoire de l’accord de Paris », a-t-il dit.

Alors que la France s’est engagée à réduire ses émissions de 40 % d’ici 2030 par rapport à 1990, les ONG affirment qu’elle dépasse les budgets carbone qu’elle s’est engagée à respecter.

Elles se plaignent également des lacunes dans la rénovation énergétique des bâtiments ou le développement des énergies renouvelables, affirmant que cela a un impact quotidien sur la santé et la qualité de vie en France.

– Les catastrophes naturelles se multiplient

Les ONG ont présenté 100 témoignages de particuliers avec leur dossier, après en avoir recueilli plus de 25 000 en ligne.

« Pour moi, le changement climatique – avec l’augmentation de la fréquence des catastrophes naturelles, la hausse des températures de la mer et la progression de l’érosion côtière – est une réalité maintenant« , a déclaré Jean-Francois, un producteur de moules sur l’île d’Oléron dans l’ouest de la France.

Le gouvernement rejette les accusations d’inaction, pointant du doigt la loi énergie-climat de 2019 qui « renforce les objectifs climatiques » en visant la neutralité carbone d’ici 2050 ou une baisse de 40 % de l’utilisation des combustibles fossiles d’ici 2030.

Dans sa défense envoyée au tribunal, le gouvernement a également rejeté la demande de compensation des dommages écologiques, arguant que l’État français ne peut être tenu pour seul responsable du changement climatique alors que la France représente environ 1 % des émissions mondiales.

Julliard a reconnu que cette affaire pourrait être une arme à double tranchant pour les ONG.

Si nous perdons, il sera facile pour l’État de dire : « Nous avons gagné au tribunal, alors arrêtez vos demandes incessantes », a-t-il déclaré.

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