Les problèmes du télétravail et du souffre-queu

Oui la contrepèterie est arrachée (couvre-feu) mais elle fait sens car, si tout le monde l’appelle par son nom, peu parlent de la chose.

Les cas sont presque différents pour tous : certains vont au bureau tous les jours (les patrons, ceux qui ont des métiers manuels, les artisans, les métiers de santé, etc), d’autres peuvent y aller occasionnellement et d’autre pas du tout ou seulement une journée par semaine.

Voici bientôt que la première bougie du nouveau monde va être soufflée, mais elle n’éteindra malheureusement pas avec elle la situation de plus en plus pesante de se retrouver à mélanger les lieux et les atmosphères en un seul et même endroit : chez soi !

Avant, ce qui semble être il y a longtemps, le travail pouvait être le lieu d’épanouissement, de sociabilité, d’échappatoire vis-à-vis du foyer avec son lot de soucis (supporter son conjoint, ses enfants, l’étroitesse du lieu, etc); et inversement, parfois le boulot se trouvait être le lieu de stress, de comptes à rendre, de duplicité, d’efforts courtois à produire face à des personnes que nous n’avions pas choisies, et le « chez soi » était alors le « home, sweet home », avec les gens qu’on aime, son animal de compagnie d’amour, ses livres, ses activités personnelles, etc.

Sauf qu’aujourd’hui, nous sommes entre les deux, à cheval au-dessus du vide : le « home sweet home » n’a plus aucun secret pour nous et même avec un planning bien pensé pour faire son sport à telle heure, son travail, ses activités de famille, les obligations de routine à telle autre heure, nous sommes à l’étroit, et nous nous recroquevillons comme un mollusque dans sa coquille.

Désormais, les problèmes du bureau sont entrés dans le cocon de protection et d’intimité de la maison, rendant bien plus réduites les options pour séparer les deux mondes : le pro et le perso. Quelle solution s’offre à nous réellement ?

Comment garder sa santé mentale quand les cercles sociaux sont réduits, et que la situation nécessite de créer d’autres situations de rencontres et de partage (plus de terrasse, plus de café, plus de restaurant, plus de piscine, plus rien !)

Tout le monde ne jurait et ne jure encore que par le télétravail comme solution d’avenir, mais l’est-il vraiment ?

Nos maisons sont-elles pensées pour permettre de distinguer les différentes couches auxquelles nous appartenons ? Est-ce que nos chez nous nous appartiennent encore ? Les aimons-nous encore ?

Si l’avenir est à la flexibilité, il faudra certainement compter pendant encore bien longtemps sur les lieux de travail, les bureaux ou les espaces de co-working. Si l’avenir est à la mobilité, aurons-nous toujours nos maisons ou choisirons-nous plutôt de louer ici et là, au gré de nos passions du moment des espaces pour vivre ensemble des moments de convivialité qui ne souffriront pas que le travail s’y glisse ?

Il n’y aura pas de retour à la normale pour ceux qui mettaient 2 heures pour aller travailler : nous voyons bien que c’est une absurdité. Il n’y aura pas de retour à la normale pour ceux qui ont continué à faire comme avant, confinement ou pas, car le reste du monde a changé, et nos repères ont changé car ceux des autres ont changé.

Aujourd’hui, les choix de vie sont au cœur des esprits : suis-je bien là où je dois être ? Est-ce le bon choix de métier (ou ai-je un métier bullshit ?)Je ne sais pas où je serai dans un an, encore moins dans 5 ou 10 ans, est-ce que je veux des enfants ? Comment est-ce que je projette ma vie de famille pour les années à venir, si ma fille doit faire l’école à la maison et ne peut plus suivre ses cours de danse ou pratiquer son sport préféré ?

Il y a véritablement quelque chose de grave qui nous arrive à tous : nous faisons face à nos choix de vie, avec tout le sens ou le non-sens qu’ils portent désormais dans un monde transfiguré, balafré et subitement froid de réalité concrète. Il n’y a plus ces bulles d’enchantement que nous croyions acquises : restos, bars, sorties, cinéma, clubs de sport… Quels seront les futurs établissements de divertissement dont nous avons tant besoin de demain ?

Étrangement, il n’a jamais été question que notre gouvernement y pense, malgré le fait qu’il existe un ministère ou une entité qui représentent les vestiges de notre vie sociale insouciante. Ce que nous estimions être des droits libres de circuler et de vivre ne sont plus désormais ; resteront meurtris, les secteurs démunis, quand on reviendra à un niveau de liberté normale, car nous aurons perdu définitivement quelque chose : la légèreté.

Nous verrons de nouvelles structures se développer et nous apprendrons à aimer de nouvelles choses, car les anciennes sont parties avec le passé, avant le traumatisme : qui serait assez inconscient pour reprendre l’avion pour aller aux quatre-coins du monde ? Celui-là sera mal vu pour l’empreinte carbone qui sera visible aux yeux de tous, celui-ci pour le risque à prendre à se rendre dans un pays qui ne sera pas revenu à la normale, ou tout simplement parce que nous aurons perdu le goût de quelque chose qu’on ne souffrirait plus de perdre à nouveau…

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