Ce que le bouddhisme peut faire pour l’éthique de l’AI

« Le bouddhisme propose une façon de penser l’éthique basée sur l’hypothèse que tous les êtres sensibles veulent éviter la douleur. Ainsi, le Bouddha enseigne qu’une action est bonne si elle conduit à se libérer de la souffrance. L’implication de cet enseignement pour l’intelligence artificielle est que toute utilisation éthique de l’IA doit s’efforcer de diminuer la douleur et la souffrance. En d’autres termes, par exemple, la technologie de reconnaissance faciale ne doit être utilisée que s’il peut être démontré qu’elle réduit la souffrance ou favorise le bien-être. De plus, l’objectif doit être de réduire la souffrance de tous, et pas seulement de ceux qui interagissent directement avec l’IA ».

« De nombreux groupes ont discuté et proposé des directives éthiques sur la manière dont l’IA devrait être développée ou déployée : L’IEEE, une organisation professionnelle mondiale pour les ingénieurs, a publié un document de 280 pages sur le sujet, et l’Union européenne a publié son propre cadre. L’inventaire mondial des lignes directrices en matière d’éthique de l’IA a compilé plus de 160 lignes directrices de ce type provenant du monde entier. »

« Une éthique de l’IA d’inspiration bouddhiste comprendrait également que pour vivre selon ces principes, il faut se cultiver. Cela signifie que ceux qui sont impliqués dans l’IA doivent continuellement s’entraîner pour se rapprocher de l’objectif d’éliminer totalement la souffrance. Atteindre cet objectif n’est pas si important ; ce qui est important, c’est qu’ils entreprennent la pratique pour l’atteindre. C’est la pratique qui compte.

Les concepteurs et les programmeurs devraient s’entraîner en reconnaissant cet objectif et en définissant les étapes spécifiques que leur travail devrait suivre pour que leur produit incarne l’idéal. Autrement dit, l’IA qu’ils produisent doit avoir pour but d’aider le public à éliminer la souffrance et à promouvoir le bien-être. »

Via TechnonolyReview

2 commentaires sur “Ce que le bouddhisme peut faire pour l’éthique de l’AI”

  1. Tout être vivant cherche à fuir la souffrance et à la faire disparaître de sa vie. Souffrance physique mais aussi souffrance psychologique et souffrance morale.

    Une des caractéristiques fondamentales du bouddhisme est la volonté de faire disparaître non seulement ses propres souffrances mais aussi les souffrances des autres êtres vivants.

    Et pour cela, tout ce qui peut être à notre disposition est utilisable. Y compris l’intelligence artificielle, pourquoi pas ? C’est déjà le cas dans la recherche médicale.
    Par exemple à l’Institut du Cerveau, devenu ces dernières années le plus important centre au monde de recherche sur les maladies neurologiques, situé à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, à l’Institut du Cerveau donc, l’intelligence artificielle est utilisée et sans cesse améliorée pour les travaux de recherche fondamentale sur le fonctionnement du cerveau mais aussi pour les travaux de tests cliniques, pour les diagnostics de maladies complexes (maladie d’Alzheimer et autres démences, chorée de Huntington, Sclérose en plaque, sclérose latérale amyotrophique, épilepsies, troubles bipolaires, schizophrénies par anomalies de circuits neuronaux, autisme, syndrome cérébelleux, etc.).
    Dans le champ médical l’intelligence artificielle est aussi utilisée en recherche fondamentale en biologie cellulaire, en biologie moléculaire et en génétique, en bactériologie pour la recherche de nouveaux antibiotiques, en virologie, en cancérologie, en biochimie, en pharmacologie…
    Hors du champ médical, l’intelligence artificielle est maintenant utilisée dans la recherche de nouveaux matériaux susceptibles de nous affranchir un jour des matières plastiques issues de ressources fossiles. Elle est aussi de plus en plus utilisée dans les sciences physiques où il faut travailler sur des phénomènes extrêmement complexes comme la physique des hautes énergies, la recherche en physique quantique, la géologie structurale, la sismologie, l’hydrogéologie (une science qui va devenir de plus en plus importante pour la civilisation), la volcanologie, la climatologie, l’imagerie géographique par satellite…

    Contrairement à une croyance répandue, l’intelligence artificielle n’est donc pas seulement utilisée pour créer des appareils domestiques et pour des usages « urbains ».

    Tout outil est bon à prendre dans la mesure où il apporte simultanément une amélioration de la qualité de la vie et une réduction des souffrances. Comme tout outil, l’important est l’usage qu’on en fait et les conditions éthiques dans lesquelles on le produit et dans lesquels on l’utilise.

    Il faut veiller à ce que l’automatisation de certaines tâches ne crée pas de nouvelle souffrance chez les êtres vivants. Notamment :
    – une perte de travail et une augmentation sociale et sociétale du chômage,
    – une perte de l’autonomie sociale et une perte de liberté personnelle ou collective (esclavagisme, exploitation humaine, chantage sur les salaires, etc),
    – une oisiveté contrainte ou volontaire « par facilité » de l’utilisateur afin qu’il ne se détourne que vers des activités égoïstes, purement ludique sans aucune vue pédagogique… et sans aucun intérêt pour son évolution spirituelle,
    – une paresse intellectuelle,
    – une réduction de l’empathie, de la compassion, et de l’altruisme,
    – des dérives éthiques, politiques, commerciales, pour les fabriquer et les entretenir (pillage des ressources de la nature, épuisement de minerais, sacrifice de vies humaines ou animales, déséquilibre de l’écosystème mondial, etc.),
    – et même une perte de la considération de l’importance de la pensée et de la condition humaine, donc un terrible recul au niveau politique.

    Il faut veiller aussi aux conséquences sur la psychologie et sur le mode de pensée de chacun ! Veiller à ce que l’attitude d’une personne (surtout soi-même) envers les machines qu’il utilise n’influence pas le comportement habituel de cette même personne envers les êtres vivants. Considérer les robots comme des « travailleurs à son service » ne doit pas amener à prendre subrepticement l’habitude de considérer aussi les autres êtres vivants comme des « travailleurs à son service ».

    Il faut aussi se souvenir que l’intelligence artificielle n’acquiert le terme « intelligence » que parce qu’elle s’adapte en permanence à de nouveaux stimuli… et que c’est uniquement le résultat d’algorithmes programmés par l’être humain. « Intelligence » ne signifie pas nécessairement « capacité de créer ex nihilo ». « Intelligent » n’est ni synonyme de « créateur » ni synonyme de « indépendant ». Le terme « Intelligence » signifie avant tout « Capacité à s’adapter à des conditions plus difficiles, qu’elles soient définitives ou temporaires ». C’est pour cela qu’on parle d' »intelligence artificielle », parce que c’est un ensemble d’outils créés par l’Homme pour lui permettre de résoudre des problèmes (conceptuels ou matériels) que sans ces outils il serait incapable de résoudre seul. L' »intelligence artificielle » est avant tout une « extension artificielle de l’intelligence humaine naturelle » et aucunement une intelligence indépendante. Quelle que soit l’évolution future des lois en matière de responsabilité légale… devant l’univers l’être humain restera donc l’unique responsable des conséquences des actes des robots et des « intelligences artificielles » qu’il aura créés.

    Il n’y a donc aucune raison à rejeter les intelligences artificielles. Elles peuvent apporter du bon autant que du mauvais. C’est une affaire de choix éthique. L’important est l’usage qu’on en fait en matière personnelle et en matière collective, comme ce fut le cas de tout outil depuis que l’Homme utilise des outils. La maîtrise de la taille de la pierre il y a environ 3,5 millions d’années (au Kenya et en Ethiopie) et la maîtrise entretenue du feu il y a environ 1 million d’années (la plus ancienne trace connue aujourd’hui date de 790.000 ans en Israël au Gesher Bnot Ya’akov mais on est sûrs qu’on en trouvera de plus anciennes) ont été les premières utilisations d’outils par l’Homme et l’un comme l’autre ont amené autant de mal que de bien, autant de bien que de mal. Toutes les étapes dans l’évolution de la maîtrise des outils par l’Homme ont amené leurs lots de bienfaits et de méfaits. La création de l' »intelligence artificielle » n’est qu’une étape de plus, elle se produit aujourd’hui… et elle ne sera probablement pas la dernière.

    Intelligence artificielle et bouddhisme sont donc tout à fait compatibles, oui.

    Pour conclure, ce n’est donc pas de l’intelligence artificielle qu’il faudra se méfier… mais des utilisations qui en seront faites sur le plan pratique, et plus encore… sur le plan politique.

    Amicalement,
    Jacques
    Biologiste à la retraite, et bouddhiste depuis soixante ans

    1. Vous avez tout à fait raison et parfaitement résumé à quel point l’homme est autant la source de son bonheur que de son malheur dans sa quête d’échapper à la souffrance. Malheureusement, bien souvent le gain de temps obtenu par les innovations a surtout servi à nous rendre des consommateurs, pas de meilleurs penseurs ou « anticipateurs ».

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