Le bouquet énergétique de l’Inde et les voies du développement durable

Pravakar Sahoo explore les voies permettant à l’Inde de révolutionner son bouquet énergétique afin de parvenir à un développement durable. Il examine les principaux défis et problèmes auxquels est confronté le secteur de l’énergie, notamment en ce qui concerne les énergies renouvelables et propres, et propose des réformes pour attirer les investissements dans des sources d’énergie plus durables. (via NBR)

L’Inde est l’une des économies à la croissance la plus rapide au monde, avec une urbanisation croissante et une classe moyenne en expansion. Le pays représentera 25 % de la hausse de la consommation mondiale d’énergie d’ici 2040 et connaîtra une croissance record de sa demande énergétique au cours des prochaines décennies[1] Le profil énergétique de l’Inde reste fortement dominé par les sources à base de combustibles fossiles : d’ici 2040, 42 % de la nouvelle demande sera satisfaite par le charbon, et le pays devrait figurer parmi les plus gros consommateurs de pétrole. L’Inde a contribué à 2,48 milliards de tonnes de dioxyde de carbone (CO2) en 2019, soit 7 % des émissions mondiales de CO2[2].

L’Accord de Paris visait à s’attaquer à ce problème en maintenant la température mondiale en dessous de 2 degrés Celsius par rapport aux niveaux préindustriels. Pour ce faire, les pays se sont engagés à élaborer leurs propres objectifs nationaux d’ici 2020. L’Inde est confrontée à des menaces extrêmes liées au changement climatique. La majeure partie de son agriculture dépend des pluies de la mousson, et les quelque 175 millions de personnes qui vivent le long des 7 500 kilomètres de côtes du pays sont exposées à la montée du niveau des mers et à des conditions météorologiques extrêmes. Pour atténuer ces effets, l’Inde s’est fixé pour objectif de produire 175 gigawatts (GW) d’énergie renouvelable d’ici 2022, dont 100 GW d’énergie solaire, 60 GW d’énergie éolienne, 10 GW d’énergie de biomasse et 5 GW de petite hydroélectricité. Le pays a déjà ajouté près de 86 GW en 2019[3] et prévoit de porter son objectif d’énergie renouvelable à 450 GW d’ici 2030.

Cependant, comme indiqué ci-dessus, la consommation de combustibles fossiles augmente également à un rythme rapide. Compte tenu du rôle de l’Inde dans l’atténuation du changement climatique, il est important d’analyser le mix énergétique du pays, les projections de l’offre et de la demande, et les efforts déployés jusqu’à présent pour assurer la transition vers des sources d’énergie durables. Cet essai explore les voies permettant à l’Inde de révolutionner son mix énergétique afin de parvenir à un développement durable. À cette fin, l’essai examine les principaux défis et problèmes auxquels est confronté le secteur de l’énergie, notamment en ce qui concerne les énergies renouvelables et propres, et suggère des réformes pour attirer les investissements dans des sources d’énergie plus durables.

LE SCÉNARIO ÉNERGÉTIQUE ACTUEL

La demande d’énergie primaire de l’Inde a augmenté avec le PIB et la population du pays. La consommation d’électricité a augmenté à un taux annuel composé de 7,39 %[4], et la demande d’électricité devrait atteindre 1 894,7 térawattheures (TWh) en 2022[5]. La demande provient de tous les aspects de l’économie, des usages industriels et commerciaux aux usages agricoles et résidentiels. Cette tendance se poursuivra au cours des prochaines décennies[6]. Un domaine clé de la gestion de la demande sera la réduction de l’intensité énergétique.

Bien que l’Inde dispose de l’offre nécessaire pour répondre à la demande énergétique actuelle, elle manque d’infrastructures de qualité telles que des conducteurs, des transformateurs et d’autres équipements nécessaires à la transmission et à la distribution de l’énergie. Grâce à plusieurs initiatives axées sur le développement de technologies efficaces et la promotion des énergies renouvelables, l’Inde progresse dans la résolution des déficits d’approvisionnement en électricité. Tant la capacité des installations électriques que la production d’électricité au niveau global à partir de différentes sources ont augmenté au fil du temps. En outre, la part des énergies propres (hydroélectricité, nucléaire et renouvelables) a augmenté au cours des deux dernières décennies. L’Inde passe donc lentement des sources d’énergie basées sur les combustibles aux sources non basées sur les combustibles pour répondre aux pics de demande. Cependant, elle continue à dépendre largement du charbon et du pétrole pour son énergie, la dépendance à l’égard de l’hydroélectricité diminuant au fil des ans. Le gaz naturel est toujours beaucoup moins présent dans le portefeuille énergétique de l’Inde que dans le mix énergétique mondial, tandis que les énergies renouvelables sont passées de 0,2 % en 2000 à 3,6 % en 2019 (voir le tableau 1 pour un aperçu des sources d’énergie renouvelables en Inde).

Le charbon. Le charbon représente plus de 57% de la production d’électricité en Inde. Malgré d’importants gisements dans l’est et le sud, la qualité du charbon du pays n’est pas exceptionnelle, avec une teneur en cendres de 45% et de faibles pouvoirs calorifiques. En revanche, le charbon de haute qualité importé d’Indonésie, d’Afrique du Sud, de Russie et d’Australie n’a qu’une teneur en cendres de 10 à 15 % [7].

Le pétrole et le gaz. L’Inde est fortement dépendante des importations de pétrole et de gaz, qui ont totalisé en 2019 environ 229 millions de tonnes (MT) (soit environ 85 % du total du pétrole et du gaz consommés sur le territoire national). Les réserves de pétrole brut trouvées dans les gisements offshore de l’ouest et de l’Assam s’élèvent à un peu plus de 604 MT, tandis que les réserves de gaz naturel confinées dans les gisements offshore de l’est et de l’ouest s’élevaient à près de 1 290 milliards de mètres cubes en 2017. La capacité totale installée de l’énergie thermique à base de pétrole et de gaz s’élevait à 638 mégawatts (MW) et 24 937 MW, respectivement, en 2019[8].

L’hydroélectricité. En 2019, l’Inde disposait d’une capacité de production d’hydroélectricité de 45,4 GW grâce à sa vingtaine de barrages hydroélectriques. Selon le ministère de l’Énergie, le potentiel hydroélectrique du pays est d’environ 145 GW. Cependant, la part de la production d’hydroélectricité a diminué au fil du temps en raison de l’augmentation plus rapide de l’énergie provenant d’autres sources et d’un manque d’intérêt de la part du gouvernement et du secteur privé.

Nucléaire. En 2019, l’Inde possédait environ 6,8 GW de capacité installée de sources d’énergie nucléaire provenant de ses 22 réacteurs nucléaires. Selon l’Agence internationale de l’énergie atomique, l’Inde a produit près de 35 TWh d’électricité grâce à l’énergie nucléaire en 2017.

Les énergies renouvelables. La part des énergies renouvelables dans le mix énergétique de l’Inde devrait augmenter de 91 % entre 2017 et 2022, la part de la production thermique diminuant en raison de la croissance récente du secteur des énergies renouvelables. Cette croissance se produira principalement dans les énergies solaire et éolienne[9].

« La priorité accrue accordée aux projets d’énergie propre et la promotion des politiques qui soutiennent les énergies renouvelables aident l’Inde à développer un mix énergétique propre plus efficace. »

(…)

LES DÉFIS DU SECTEUR DES ÉNERGIES RENOUVELABLES POUR LE DÉVELOPPEMENT DURABLE

Malgré les progrès réalisés par l’Inde dans le développement du secteur des énergies renouvelables, le pays doit encore faire face à des obstacles. Le risque lié au fournisseur, le manque d’infrastructures, le manque d’intermédiaires financiers et la compréhension limitée des investisseurs sont les quatre principaux défis à relever.

Risque lié à l’acheteur. Il s’agit du risque que l’acheteur ne remplisse pas ses obligations contractuelles ou qu’il retarde ou effectue des paiements incomplets. Les offtakers sont principalement des sociétés de distribution du secteur public appartenant à l’État. Compte tenu de la mauvaise santé financière des sociétés de distribution indiennes, il existe un risque de paiements décalés ou incomplets. En 2015, l’encours total de la dette des sociétés de distribution s’élevait à environ 64 milliards de dollars[14]. Le risque lié au preneur de licence augmente le risque global des projets d’énergie renouvelable. Pour résoudre ce problème, le gouvernement a mis en place Ujwal DISCOM Assurance Yojana, qui vise à réduire les inefficacités opérationnelles et à améliorer les performances financières des sociétés de distribution. Le programme prévoit de prendre en charge 75 % de la dette des sociétés de distribution et de la transformer en obligations garanties par l’État.

Manque d’infrastructures. Les inefficacités dues au manque d’infrastructures de production et de distribution d’électricité constituent un obstacle majeur aux investissements étrangers. De plus, les délais d’obtention des permis pour la construction et l’exploitation des infrastructures de transport et d’évacuation sont très longs. Ces délais augmentent la durée de construction des projets, ce qui retarde la mise en service des nouveaux projets et, en fin de compte, les revenus et les bénéfices.

Manque d’intermédiaires financiers. Un autre obstacle pour les investisseurs institutionnels indiens est le manque d’intermédiaires financiers dans le secteur des énergies renouvelables. Ces acteurs sont nécessaires pour fournir des informations appropriées sur les opportunités d’investissement.

Compréhension limitée. Les énergies renouvelables se situent en dehors des investissements traditionnels, et les investisseurs potentiels sont souvent méfiants en raison de leur compréhension limitée du secteur. Les investisseurs institutionnels nationaux investissent généralement dans des titres moins risqués et préfèrent les actifs plus liquides avec de bonnes notations de crédit, qui ne sont pas disponibles dans les projets d’énergie renouvelable.

(…)

En conclusion, bien que l’Inde ait pris des engagements notables en faveur de l’augmentation des investissements dans les énergies renouvelables et propres, les progrès réalisés dans le secteur des énergies propres restent insuffisants car le risque lié à l’exploitant, le manque d’infrastructures, le manque d’intermédiaires financiers et la compréhension limitée des investisseurs ont inhibé les investissements privés dans le secteur. Le gouvernement doit donc promouvoir l’investissement dans des sources d’énergie plus propres et procéder aux changements institutionnels appropriés pour faire évoluer le bouquet énergétique de l’Inde vers les énergies renouvelables.

 

Via NBR

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