Quand la mémoire rame : l’inquiétante consommation de média aujourd’hui

La rapide tombée de la nuit des premiers mois de l’année pousse un peu plus notre consommation d’écran et parmi les nombreuses marques bien installées (Netflix, OCS, et autres infinies chaînes en continu) qui nous « offrent » du divertissement, un étrange phénomène est en train de se passer.

Ce phénomène est ressenti par les générations au-dessus de 25 ans, celles qui ont en particulier assister à ce boom des contenus – ceux créés par des groupes et des marques et ceux créer par le public : il s’agit de l’oubli. Dans la quantité de séries, programmes et divertissements que l’on regarde, notre mémoire ne se souvient pas de grand choses.

Est-ce qu’il n’en est pas de même pour les livres ? J’évoquais ce rapport à la lecture d’un livre et à un moment particulier de notre vie, de notre construction personnelle qui rend la lecture différente suivant votre expérience de vie personnelle.

Ce qui se passe aujourd’hui est sans commune mesure avec notre rapport à la connaissance par le passé. Il a toujours fallu du temps pour lire, regarder, comprendre voire apprendre des contenus disponibles sur un sujet qui nous intéresse, mais aujourd’hui, le curseur de ce qui est intéressant s’est positionné sur ce qui est divertissant, fun, original, irrévérencieux. Les applications et les softwares fonctionnent de telle façon en termes d’expérience utilisateur que pour Tiktok vous scrollez à l’infini, vous pouvez passer 20 minutes éblouis par une quarantaine de contenus plus surprenants, drôles, divertissants les uns que les autres ; vous pouvez passer des heures sur Youtube à écouter la vie et l’expérience d’une personne, « streamer » pendant des heures d’autres personnes en train de jouer aux jeux vidéos, ou regarder jusqu’à écœurement des séries complètes.

Désormais, il y a peu de limites à tout car l’enjeu de tous ces services de distribution de contenus est bien de vous vendre l’infini, un catalogue disponible en permanence pour vous rassasier, vous écœurez.

Là est toute la différence entre ce qui vous fait grandir : le temps mis à profit pour quelque chose qui vous fait du bien, vous rend meilleur versus les contenus qui nourrissent votre ennui, votre curiosité malsaine (nous avons toute une), vos frustrations, etc.

Et le drame de l’oubli est principalement une alerte. Ce qui passe sous vos yeux sans laisser de trace dans votre mémoire, dans votre cœur ou qui ne vous fait pas progresser, vous sentir meilleur (je pense aux contenus qui vous inspirent et nourrissent votre curiosité du monde et vous donne matière à réfléchir, qui vous offre une forme de bien avec lequel vous repartez enrichis) mérite d’être écarté de vos habitudes.

Là où la télévision avait tout de même sa programmation, sa durée, sa fréquence en diffusant des épisodes de façon hebdomadaire, a ouvert la brêche à ce que les plateformes de contenus délivrent tout d’un bloc. Autrement dit, les quelques moments passés à se divertir prenaient une heure ou deux de façon hebdomadaires sont passés parfois à des heures quotidiennes. Le cerveau est saturé, il fait forcément le tri. Et la cadence de proposer des contenus ne plaide en faveur de la qualité de ces derniers.

Il se passe quasiment la même chose avec le sucre : difficile de s’arrêter une fois qu’on a son quota. En revanche, lorsqu’un plat ou un produit est élaboré avec plusieurs saveurs, il se passe un moment plus grand, une expérience qui laisse une trace dans votre mémoire et vous apporte la satiété et le besoin d’apprécier plus tard, en s’en rappelant.

Les plus jeunes générations démontreront peut-être qu’une nouvelle façon de naviguer dans un univers infini de contenus est possible pour son bien propre, mais pour l’instant l’escalade au toujours plus semble nous éloigner du plaisir de lire, de prendre le temps d’absorber une chose après l’autre, en tirer le bon et choisir avec mesure et conscience ce qui sera consommer après.

J’ai souvent l’impression d’absorber des fragments des choses que je consomme aujourd’hui : je suis capable d’en parler dans les jours qui suivent, puis d’autres choses viennent à ma connaissance, mes centres d’intérêts évoluent très très vite, avant même que je n’ai pu entrer en profondeur de ces choses. J’ai consommé une tonne de contenus sur un sujet, mais une fois le contenu épuisé, j’ai tendance à me tourner vers un autre sujet pour à nouveau consommer tout ce qu’il est possible de trouver.

Oui aujourd’hui je sais plus de choses que jamais je n’aurais imaginé pu souhaité savoir et découvrir grâce à Internet, je peux lire une foule d’articles pour comprendre un événement de l’actualité et sentir que je sais tout une fois que je réalise que ces contenus sont copiés les uns des autres par exemple. Je peux tomber dans le panneau d’un titre accrocheur qui répond à une de mes inquiétudes sans pour autant me donner la satisfaction d’apporter une solution ou une perspective, en revanche mon temps et mon attention ont été mobilisés. C’est plutôt épuisant…

Nous consommons tellement de choses médiocres que lorsqu’il nous arrive enfin de tomber sur du bon contenu, en général, nous lui consacrons pas le temps nécessaire, trop habitué à zapper rapidement.

J’aimerai bien que cet Internet soit un peu plus bridé et orienté pour le bien individuel, non sur la capitalisation de notre temps de cerveau disponible et la résistance de nos yeux et de nos doigts aux supports qui portent tous ces contenus.

J’aimerai bien qu’il y ait de bonnes pratiques d’Internet, celui d’aujourd’hui qui offre tout mais sans rangée et sans ordre.

Internet devrait finir par devenir un grand jeu qui nous ouvre les niveaux au fur et à mesure de notre évolution individuelle, il finira par nous isoler davantage ou nous connecter artificiellement aux autres. L’intelligence artificielle ôte le hasard en ce monde, ce hasard qui est part de notre humanité. La voix pour se frayer son chemin est difficile à trouver aujourd’hui sauf si nous sommes bien ancrés dans la réalité. L’arrivée du métaverse n’augure rien de bon pour l’instant…

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