Quelles réponses et solutions pour l’écologie en 2022 ? Demandons à Murray Bookchin

Je n’écris plus trop sur le blog, il semble que les corbeaux d’Odin ne souhaitent plus ramener de nouvelles de ce monde que je trouve de plus en plus faux et peu rassurant. Certains me rétorqueraient que rien n’a changé et pourtant si…

Après le confinement et cet événement assez fou de l’épidémie, j’ai été prise régulièrement d’anxiété, me demandant quel est le bon comportement à adopter. En effet, de nombreux sujets se sont superposés dus à l’immobilité forcée. Une chose que tout le monde avait prédit : rien n’a changé, le monde continue sa course folle.

J’ai mis un peu de temps à retrouver mes repères, simplement d’évaluer le bien du mal, le vrai du faux, et cela a mis de nombreux mois. Certaines choses ont fini par se débloquer et grâce à du temps que j’ai enfin pu me consacrer j’ai repris la lecture et réfléchi. Réfléchi à qui je suis, à ce que je veux faire, à ce qui m’énerve, à ce qui m’inspire, aux combats que je me sens prête à mener.

Les livres qui m’ont accompagnée et j’en ai encore un certain nombre qui m’attendent encore sont :

– Être à sa place, de Claire Marin

– Radicaux, réveillez-vous, de Saul Alinsky

– Les arbres doivent-ils pouvoir plaider, de Christopher Stone

– The Cold Start Problem, de Andrew Chen (pas terminé)

– Comprendre le Pouvoir, de Noam Chomsky

Ceux qui me restent à lire :

– L’obsolescence de l’homme, de Günther Anders

– Intellectuels dans la cité : Berdiaeff-Gilson-Mounier-Maritain, de Mariano Fazio

– The Ecolology of Freedom, de Murray Bookchin

– Post-Scarcity Anarchism, de Murray Bookchin

– La Conquête du Pain, de Pierre Kropotkine

 

Je me souviens qu’il était très classique de dire que « c’était mieux avant ». Avant quoi ? Je peux prendre position à ce sujet car je ne suis pas certaine de pouvoir établir une date ou une époque à laquelle remonter, durant laquelle le genre humain prenait la bonne direction pour l’avenir.

Et c’est à la lecture de

Pouvoir de détruire, Pouvoir de Créer : vers une écologie sociale et libertaire

que j’ai eu une sorte de claque qui m’a réveillée. L’ouvrage de Saul Alinsky avait sans doute préparer le terrain de penser, et le début de celui de Noam Chomsky également.

En regardant le sommaire, je n’ai pas compris immédiatement que les dates de ces textes et conférences allaient autant me secouer : le premier date de 1969, le dernier de 1995. Et je ne peux témoigner de propos, on ne peut plus, actuels, contemporains. Ils auraient pu être prononcé après le dernier rapport du GIEC, cela m’aurait rassurée sur la prise de conscience… MAIS  là les choses sont dites 30 à 40 ans plus tôt !!

Délibérément donc, j’en conclus que, sans chercher de fautifs, le système en place a de bons gardiens pour s’assurer que les pensées restent dans les livres. Les 3 ans qu’il nous restent vont nécessiter soit que tout le monde se mette à lire, soit d’un leader rebelle, d’un communiste ou d’un anarchiste d’un nouveau genre pour conduire le mouvement.

Je n’ai pas la plume d’un intellectuel tel que Bookchin ou Chomsky, je suis encore bien trop bridée et verte dans l’expression d’engagements tant que je n’ai pas travaillé ma pensée suffisamment à la critique du système, c’est pourquoi je partage ici les passages que j’ai annoté dans la marge :

(Préface)

-« Il faut d’abord, je crois, réaffirmer ce constat, qui est au fondement de la pensée bookchinienne : le problème écologique est un problème social, à sa racine se trouve la domination – c’est aujourd’hui plus tragiquement vrai que jamais »

– « Il est plus claire aussi que se trouve posé en termes cruciaux vitaux, le problème de la démocratie. Seule une société d’individus égaux en droits et en condition réelle, et donc également responsables peut faire face à une crise écologique à la fois planétaire et infiniment diversifiées dans ses manifestations – aussi diversifiée que le sont les habitats humains.

– « Les solutions que l’on nous propose actuellement varient du dérisoire à l’odieux, alliant souvent les deux. Tels ces ayatollahs du marché qui osent encore affirmer que ce dernier va résoudre le problème du réchauffement climatique : les entreprises vont inventer de nouvelles solutions technologiques censées nous sauver – mais qui ne sauverons que leurs profits – avec la même insouciance quant aux effets inattendus, ce qui nous promet de nouvelles catastrophes ».

– « Les engagement de réduction des émissions de gaz à effet de serre, solennellement pris lors des grand-messes internationales comme celle de Paris en 2015, sont enterrés ou violés dès que le tintamarre de la com’ est retombé. »

-« Car la crise écologique, si on peut la synthétiser dans des données statistiques à l’échelle planétaire, c’est, répétons-le, au niveau local et sous des formes particulières qu’elle affecte les collectivités humaines. Ce qui ne veut pas dire que cette crise puisse être résolue par une myriade de bricolages locaux : des décisions massives affectant la planète entière, sont inéluctables, comme l’abandon des sources d’énergie désastreuses – charbon, pétrole, etc, ou nucléaire. Mais de telles mesures ne seront prises et effectivement appliquées que si les collectivités humaines créent les conditions d’une responsabilité universelle et égalitaire de leurs membres, seuls capables de prendre en charge cette crise à la fois massive et multiforme et d’y porter remède. »

– « En revanche, d’une pratique de la démocratie directe et égalitaire nous voyons dès aujourd’hui s’esquisser des linéaments dans les luttes suscitées localement par des menaces d’ordre écologique, telles que celles rapportées par Naomi Klein dans Tout peut changer, ou plus près de nous à Notre-Dame-des-Landes. Dans tous ces cas, la part active prise à la lutte par les gens du pays permet son inscription dans la situation locale concrète : le fait que la participation soit volontaire implique une certaine égalité dans les prises de décisions comme dans la lutte pratique ainsi qu’un sens partagé de la responsabilité ; enfin, l’action, c’est-à-dire l’action directe, est en général étroitement ajustée et même organiquement intégrée au but poursuivi. »

Pouvoir de détruire, pouvoir de créer (1969) :
texte qui a servi de manifeste au groupe new-yorkais Ecology Action East

-« Ce dont l’humanité a besoin, ce n’est pas de mettre au rancart toute technologie avancée; c’est de pousser à fond le développement d’une technologie sélective et respectueuse des principes écologiques. »

-« Si nous voulons trouver les racines de la crise écologique actuelle, nous ne devons nous tourner ni vers la technique, ni vers la démographie, ni vers la croissance, ni vers le rôle d’un fléau en particulier. Nous devons nous tourner vers les changements institutionnels, moraux, spirituels qui sous-tendent notre société humaine et qui ont produit la hiérarchie et la domination – et pas seulement dans la société bourgeoise, féodale et antique, ni même uniquement dans les sociétés de classes, mais à l’aube même de la civilisation. »

-« Si, dans la société hiérarchique d’aujourd’hui, cette vision du monde commence à se décomposer, c’est principalement parce que l’énorme capacité productive de la technologie moderne a ouvert de nouveaux horizons : la fin de la rareté, une ère d’abondance matérielle et de temps libre enfin possible (les prétendus loisirs) et cela au prix d’un effort minime. Par « abondance matérielle » nous n’entendons pas « l’opulence » dispendieuse et insensée fondée sur de faux besoins, ni la contrainte subtile exercée par la publicité, ni le remplacement des relations humaines authentiques, de l’introspection et de l’épanouissement par de vulgaires objets – des marchandises. Nous désignons par là, moyennant un minimum de labeur, une autonomie en ce qui concerne l’alimentation, le toit, le vêtement et les commodités de base de l’existence, qui permette à chaque membre de la société – et non à une caste d’élite – de diriger directement les affaires communes ».

– « (…) la société bourgeoise ne se contente pas de faire des hommes des objets, elle en fait des marchandises. La concurrence entre ces êtres humains transformés en marchandises devient une fin en soi, de même que la production de biens inutiles. La qualité est convertie en quantité, la culture de l’individu en culture de masse, la communication entre les personnes en communication de masse. Le milieu naturel devient une immense usine, la ville un marché gigantesque. Toute choses, depuis une forêt de séquoias jusqu’à un corps de femme, a un « prix. » Toute chose a son équivalent monétaire, qu’il s’agisse d’une cathédrale sacrée ou de l’honneur d’un homme. La technologie cesse d’être une extension de la technologie. La machine n’amplifie pas le pouvoir de l’ouvrier car l’ouvrier est devenu une simple pièce de la machine ».

-« Il nous faut retrouver un sens juste de nos besoins, des besoins nés d’une vie saine et exprimant les penchants personnels, et non pas des « besoins » dictés par les médias de masse. Il nous faut ramener à l’échelle humaine notre environnement et nos activités sociales et, dans la gestions de la société, bannir les intermédiaires en instaurant des relations personnelles et directes. Bref, de l’image que nous avons de nous-mêmes, des autres êtres humains et de la nature, il nous faut chasser toute forme de domination, qu’elle soit sociale ou individuelle. L’administration des choses remplacera l’administration des êtres humains. »

Je pourrais ajouter tant d’autres citations de cet excellent ouvrage, je ne peux que vous invitez à le lire et l’avoir sur votre bibliothèque.

Pouvoir de détruire, Pouvoir de Créer : vers une écologie sociale et libertaire

 

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